Et si Facebook appartenait à ses utilisateurs ?

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Nathan Schneider. Photo de Emily Hansen (CC BY-SA 4.0).

Pendant des décennies, les fondateurs de start-up ont considéré les possibilités que leur offrait Internet avec des dollars dans les yeux. Dans une culture d’entreprise nourrie par de grands apports de capital-risque, les start-up rivalisent pour devenir la prochaine à décoller et générer des profits à faire des envieux, comme Uber ou WhatsApp.

Trop souvent, les modèles économiques des plus grandes entreprises d’Internet les ont amenées à piétiner la confiance des utilisateurs et des employés en plaçant les profits avant l’intérêts général.

Au plus fort des scandales publics, des utilisateurs ont lancé des campagnes comme #DeleteUber ou #DeleteFacebook pour exprimer leur désapprobation. Toutefois, le manque de solutions de qualité pour se détourner des géants du Web comme Amazon, Google ou Facebook rend peut-être l’abandon de ces services trop prohibitif au niveau social et économique. Pouvons-nous envisager une voie véritablement démocratique qui permettrait aux utilisateurs de piloter des entreprises ?

Une nouvelle génération d’entrepreneurs du numérique émerge pour relever ce défi. Par exemple, nous pouvons citer Zebras Unite, un mouvement dirigé par des femmes pour promouvoir des solutions plus éthiques et inclusives que celles proposées par la culture des « licornes », les grandes start-up du secteur technologique. Ou la Purpose Foundation qui fait la promotion du modèle du steward-ownership pour donner la priorité à la mission plutôt qu’au profit. De plus, des centaines d’entreprises structurées et gérées de façon coopérative à travers le monde explorent des méthodes de partage du pouvoir et des profits directement avec les utilisateurs, afin de briser le cycle de maximisation du gain à tout prix.

Répertorier ces différentes formes d’entrepreneuriat numériques ou de « plateformes coopératives » passionne Nathan Schneider, de l’Université du Colorado à Boulder (États-Unis). Avec Trebor Scholz, instigateur du Platform Cooperative Consortium de la New School de New York, il a coorganisé certains des premiers rassemblements des membres de ce type de communautés. Auteur de Everything for Everyone : The Radical Tradition That Is Shaping the Next Economy, Nathan Schneider a de plus cofondé Start.coop, un accélérateur d’entreprises pour les nouvelles coopératives.

À quels problèmes les plateformes coopératives pourraient-elles répondre ?

L’économie en ligne connaît une crise majeure en matière de responsabilité. Les entreprises se substituent à certains services publics et nous n’avons pas le choix d’utiliser ou non leurs services par manque d’autres solutions valables. Certains utilisateurs s’inquiètent des données qu’ils communiquent, mais s’avouent impuissants devant l’absence de choix. La propriété collective représente une opportunité d’intégrer la responsabilisation des plateformes. Pour les utilisateurs, cela constitue un moyen de se faire entendre et d’injecter de la démocratie dans les entreprises. Et, peut-être même de conduire à un rajeunissement de la sphère démocratique.

Le plus souvent, les gens n’envisagent même pas la possibilité de créer des nouvelles solutions pour remplacer les entreprises existantes dont l’offre ne tient pas compte des intérêts des utilisateurs.

En 2016, lorsqu’Uber a quitté Austin, au Texas, à la suite d’un différend avec les autorités locales, un nouveau système de transport partagé, Ride Austin, a vu le jour. Le service, plus intéressant pour les chauffeurs, soutient en outre des organismes à but non lucratif locaux. Il offre une vision totalement différente des possibilités de fonctionnement dans une économie.

Vous semble-t-il envisageable que les grandes entreprises du secteur technologique évoluent vers des modèles coopératifs ?

Ne serait-il pas formidable que ces grandes entreprises appartiennent aussi aux utilisateurs qui génèrent leur réelle valeur ? Au lieu de cela, l’économie en ligne génère des profits énormes pour un petit nombre d’actionnaires. Considérer les utilisateurs comme des partenaires à part entière leur assure de ne pas être exclus de la valeur qu’ils créent et de bénéficier, tout comme les investisseurs, de la richesse produite collectivement.

En 2017, j’ai participé à une campagne qui visait à présenter une résolution d’actionnaires lors d’une assemblée annuelle de Twitter afin d’encourager l’entreprise à envisager des options pour élargir la propriété et la gouvernance de la plateforme aux utilisateurs afin de résoudre des problèmes systémiques. Cette tentative n’a pas porté ses fruits, mais nous devons multiplier les stratégies pour promouvoir la démocratie dans les entreprises. Surtout quand nous reconnaissons qu’elles atteignent des tailles qui les transforment en services publics. Par exemple, une structure juridique et des régimes fiscaux pourraient amener quelqu’un comme Mark Zuckerberg, dirigeant de Facebook, à considérer comme une option raisonnable la possibilité de transférer de grandes quantités d’actions et de contrôle aux utilisateurs.

L’attrait du financement par capital-risque est fort. Cela dit, qu’est-ce qui motive les fondateurs d’un projet à se tourner plutôt vers un modèle d’entreprise coopératif ?

Souvent, les gens essaient de résoudre des problèmes de fond et se rendent compte que les confier aux investisseurs ne suffira pas. Prenons, par exemple, Jen Horonjeff, fondatrice de Savvy, une plateforme d’information sur la santé pour les patients et leurs familles. Atteinte d’une maladie chronique, elle était obnubilée par l’idée que les patients puissent mieux contrôler leur maladie. Toutefois, elle savait que chaque fois que des procédés médicaux sont confiés à des investisseurs, les patients finissent par être exploités. Elle s’est donc tournée, en dernier recours, vers un modèle coopératif de manière à protéger les utilisateurs, tout en dirigeant une entreprise.

L’économie a besoin de diversité. Le modèle classique à haut risque et à fort rendement du capital-risque sera peut-être toujours nécessaire, mais son existence n’empêche pas la création de davantage d’options.

 

Quels modèles économiques alternatifs vous inspirent ?

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